L'APR affiché en face d'un bien sur le marché au comptant n'est pas une caractéristique de l'immeuble. C'est un rapport, et le prix de la part en occupe le dénominateur. Quand le prix bouge, l'APR bouge en sens inverse.
Cela surprend la première fois, il vaut donc la peine d'expliquer précisément pourquoi cela se produit et pourquoi c'est délibéré.
La relation
APR = loyer annuel par part ÷ prix actuel de la part
Le numérateur est fixé par l'immeuble : combien de dollars de loyer une part rapporte en un an, à partir de ce que le bien encaisse réellement. Le dénominateur est fixé par le marché : le dernier prix auquel une part s'est échangée. Rien ne relie les deux — lorsque le marché revalorise une part, le même loyer devient donc un pourcentage différent.
Loyer en hausse, APR en hausse. Prix en hausse, APR en baisse. Une fraction se comporte comme une fraction.
Un exemple chiffré
Prenons un bien dont les parts ont été émises à 50 $ avec un APR de 8%. Chaque part rapporte donc 4 $ de loyer par an. Laissons maintenant la part s'échanger, en maintenant le loyer à 4 $ :
Prix 40 $ → APR 10,0%
Prix 45 $ → APR 8,9%
Prix 50 $ → APR 8,0%
Prix 55 $ → APR 7,3%
Prix 62,50 $ → APR 6,4%
L'immeuble n'a pas changé. Le taux d'occupation n'a pas changé. Pas un dollar de loyer n'a changé. Seul le prix d'échange de la part a bougé — et l'APR a parcouru près de quatre points de pourcentage pour cette seule raison.
Pourquoi c'est le but recherché, pas un effet secondaire
La relation inverse est précisément ce qui permet au marché de se réguler autour de flux de trésorerie réels plutôt qu'autour de l'humeur du moment. Elle crée une boucle qui tire dans les deux sens :
Quand le prix monte, l'APR baisse. Le bien devient progressivement moins attractif face aux alternatives, la pression acheteuse retombe et la hausse s'essouffle. L'enthousiasme est freiné par le rendement qu'il détruit.
Quand le prix baisse, l'APR monte. Le même loyer offre désormais un meilleur rendement, ce qui attire des acheteurs qui ignoraient le bien à un prix plus élevé. La pression vendeuse trouve un plancher.
Le rendement joue à la fois le rôle de frein et d'aimant. Un bien ne peut devenir cher que jusqu'au point où son rendement cesse de justifier son prix, et ne peut devenir bon marché que jusqu'au point où son rendement devient trop intéressant pour être ignoré. Les deux côtés du marché — acheteurs et vendeurs — sont ancrés à la même chose : le loyer que l'immeuble produit réellement.
Cela signifie aussi que le prix porte de l'information. Un bien qui se négocie durablement au-dessus de son prix d'émission est un bien que le marché juge sous-évalué au regard des revenus qu'il génère. Un bien qui se négocie en dessous dit l'inverse. Ce signal n'existe que parce que les prix ont le droit de bouger.
Votre APR n'est pas l'APR affiché
C'est la distinction la plus importante, et la plus facile à manquer.
L'APR de la page de trading est une cotation pour un nouvel acheteur au prix du jour. Ce n'est pas une mesure de ce que rapporte votre position.
Supposons que vous ayez acheté 100 parts à 50 $ — soit 5 000 $, rapportant 400 $ par an, un rendement de 8% sur votre argent. Le prix tombe ensuite à 40 $ et la page se met à afficher 10%. Rien n'a changé pour votre position : vous détenez toujours 100 parts, vous percevez toujours 400 $ par an, et vous gagnez toujours 8% sur les 5 000 $ que vous avez versés. Les 10% correspondent à ce qu'obtiendrait quelqu'un qui achète aujourd'hui. Votre position vaut moins sur le papier, mais vos revenus sont intacts.
L'inverse est tout aussi vrai. Si le prix grimpe à 62,50 $ et que l'affichage tombe à 6,4%, vous n'avez pas été rétrogradé à 6,4% — vous conservez vos 8% sur le montant investi, et votre position vaut désormais plus que ce que vous avez payé.
Votre rendement sur investissement ne change que lorsque le loyer change. Les mouvements de prix modifient la valeur de vos parts et ce que gagnerait un nouvel acheteur, pas ce que vous percevez.
Quand l'APR bouge pour l'autre raison
Toutes les variations d'APR ne viennent pas du prix. Le loyer bouge aussi : le taux d'occupation baisse, un locataire part, une saison se termine, les tarifs sont renégociés. L'APR baisse alors quel que soit le prix, et votre propre rendement sur investissement baisse avec lui — parce que c'est le numérateur lui-même qui a diminué.
Lorsque vous voyez l'APR changer, il vaut donc la peine de vérifier quelle moitié a bougé. L'infobulle de la page de trading le signale : le chiffre varie avec le taux d'occupation autant qu'avec le prix. Un APR qui baisse pendant que le prix monte, c'est le marché qui fonctionne normalement. Un APR qui baisse à prix constant, c'est l'immeuble qui vous dit quelque chose.
Où vous voyez ces chiffres
Sur la page de trading, l'APR figure dans l'en-tête du bien et de nouveau dans la barre d'indicateurs sous le graphique, à côté de la NAV et du nombre de propriétaires. Il apparaît aussi dans le sélecteur d'actifs, dans le tableau récapitulatif du marché et dans le panneau d'achat, où il est appliqué au montant que vous vous apprêtez à acheter afin que vous voyiez le revenu annuel que produirait cet ordre au prix que vous payez.
Tous ces emplacements lisent le même prix en direct et évoluent donc ensemble. Pour les formules des deux indicateurs, voir APR et NAV expliqués ; pour ce qui fait bouger le prix lui-même, voir Pourquoi le prix de la part évolue.